Le Joli Mai

J’avais traversé la grâce des solitudes,

Et n’aspirais plus qu’à faire des puzzles de mille pièces,
De toutes les ivresses nobles qui m’avaient reconnu la nuit,
Pour un sage poème plus fou que fous et plus un que deux, 
Car il n’y avait rien d’autre que d’aimer en attendant Beckett,

Et délirer à travers la réalité de la Belgique.

Place du XX-Août

La ville au printemps est une plage,
Où les passants lents sont des vagues,
Et il y en a de sombres, mortes et noires, 
Et il y en a d’informes, cachées, sans âges… 

Mais si certaines sont diaphanes ou fades,
C’est qu’elles ne se sont pas encore extraites,
Comme les sages-fous de la couche de la foule,
Qui n’est que prières, larmes, rire, regards, lumières…

Aussi certaines d’entre elles ne naîtront point,
Comme nous sommes trop occupés à ne pas mourir,
Avec du plomb en bouche et du cobalt en poche…

Puis il y a les vagues élancées et fraîches,
Qui inspirent le désir lisse d’y faire la brasse,
Mais elles se briseront sûrement à l’accostage,
Car elles se tiennent trop haute pour leur masse…

Quant aux vagues sombres, mortes et noires,
C’est un mystère plus grand que la lumière soit,
Car c’est son absence en plein soleil qui nous pèse,
Eclairés pourtant par les yeux des enfants de la Grèce…

La Vierge Noire

À Sainte-Catherine il y avait tout :
Une église, des fous, des fleurs, des cafés, un livre, 
Une rue.

Assis dans mon coeur avec le visage libre,
Je me demandais –
« Où va mourir toute cette beauté ? »

Cette lumière qui prie, cette âme qui crie,
Ce pétale qui pleure, ce verre qui rit,
Cet esprit qui danse, cet homme qui lit ?

Assis dans mon coeur avec le corps élastique.
La réponse chantait –
« Tous ça, tous ça me va droit au coeur. »

Ainsi –
Dans le métro je compris les langues étrangères,
Car on parlait tous le même esprit.

Rue du Marché-aux-Herbes

Je n’ai rien dit de plus vrai que « J’attends un ami. »
Quand j’étais seul et que je n’attendais plus,
Et que je ne savais plus ce que je n’attendais pas…
Peut-être d’aller voir les moineaux de Tbilissi.

Personne n’est jamais venu.

Sauf Jérémy et on a plongé dans la piscine
De la Villa Empain

Sauf Luca et on a déménagé son bordel
D’Ixelles à Saint-Gilles.

Sauf Abou et on a cuisiné un poulet yassa
En buvant de la Duvel.

Sauf Timour et on a joué au ping-pong rue Dansaert
À la fête des Flandres.

Sauf Adrien et on a mangé des hariras sous la bruine
Pour feu Charlie-Hebdo.

Puis ils sont tous parti.

Et tous le monde disait « Laisse les filles tranquilles »
Sauf les femmes enfin celles qui n’étaient pas queer,
Car j’allais danser la nuit pour qu’elles se déshabillent
Et que j’arrête un peu de me regarder en poésie.

Chez Zeyfa

Elle marchait sur des allumettes et sa cigarette lui était un sixième doigt à la main et une énième phalange à son corps de marionnette. 

Une ange déchue parmi les bourgeois déçus de leurs privilèges sapés par les boubous à poussettes et dames à djellaba. 

Elle avait le pacte de la drogue qui lui collait à l’âme comme le diable colle à l’argent facile et les tallons-aiguilles au chewing-gum.

Donner son corps était le dernier de ses blâmes et elle n’en voulait même plus après la thune, juste une bite contre une pipe de crack. 

Abbaye du Val Notre-Dame

J’interrogeais encore la beauté…
Dans les mots et dans les roses,
Dans les moues et dans les poses,
Dans les morts et dans les choses,

Car j’interrogeais toujours la beauté.
Or les roses étaient odorantes,
Et les mots étaient sonores,
Comme du plaisir sans raison,

Donc j’interrogeais encore la beauté…
Or les moues étaient rondes,
Et les poses étaient froides,
Tel de puissantes apparitions,

Mais j’interrogeais encore la beauté…
Or les morts avaient eu tort,
Et les choses étaient sans âme,
Comme façonnées sans façon.

Et une chose m’était devenue certaine :
C’est que le beau n’était pas d’amour,
Et que l’on s’était trompé dans la traduction,
Quand l’on avait adjoint le bien au beau.

Saint-Luc Unité 21

Il a le coeur brisé comme nous
Mais lui – en mille morceaux –
Pas en deux, trois ou quatre,
Comme nos coeur à nous…

Il a le coeur brisé comme un miroir
Et son esprit ne s’y reconnaît plus,
Et à chaque bout il demande :
« Es-tu amoureux de moi ? »

Et tous lui répondent en choeur :
« Mais je t’aime comme une mère »
Et « Je t’aime comme une soeur »
Ou « Je t’aime comme un frère »

Et son bout de coeur pour moi
Est venu en face de mon coeur à moi
Et je lui ai dit : Théophile je t’aime –
Je t’aime d’une amitié profonde et non-finie.

Mais ce n’était pas suffisant pour lui…
Et l’amour de son père ne lui suffisait plus :
Il avait besoin de plus et besoin de moins
Il avait besoin de solitude et de prière.

Seigneur, donnez-le lui.

Saint-Léonard

Elle portait ses petits seins dans son débardeur comme des mandarines volées à l’étale et son ventre pâle était velu comme une peau de pêche.

Ses cheveux étaient rasés sur le côté comme une guerrière, séparés par une raie comme une apache et portait à sa narine de l’or gitane 

Sa jupe était en blue jeans, ses jambes blanches comme ses poches et ses dessous en dentelles couvraient peut-être une toison blonde et légère.

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